culture-match
| samedi 20 août 2011
Pour son vingtième, cinquantième ou centième roman – nul n’en tient
plus le compte, excepté quelques insomniaques allergiques au mouton –,
Amélie Nothomb nous mène certes jusqu’au Nevada, mais pour mieux nous
laisser dans un sale état. Cette histoire d’un adolescent tombé amoureux
de l’épouse de son maître en prestidigitation oscille entre le conte
pour enfants maltraités (ne pas hésiter à composer un numéro d’urgence
si vos parents entreprennent de le lire à voix haute) et la méthodique
révision des principales conjugaisons du verbe «être». Éprouvant.
L’auteur,
on le sait, met son point d’honneur à sortir un nouvel opus chaque
année au mois d’août. Lorsque paraît Amélie, l’été expire, et la
littérature avec. D’improbables dialogues le disputent ici à des phrases
aussi remarquables que «Christina découvrit le désir de Joe avec autant
d’extase que le halo autour de la Lune» ou «Les adolescents qui se
vouent au culte exclusif d’une femme unique deviennent inévitablement le
genre de vieux pervers qui se tapent des gamines», sans oublier «La
fascination qui émanait de la juxtaposition de ces deux êtres superbes
les identifiait à des totems». On notera aussi une curieuse «permanence
décibélienne» et d’énigmatiques «danseuses apéritives». Comparé à ce
florilège de balourdises, Guillaume Musso évoquerait presque Marcel
Proust. Je plaisante, bien sûr.
«Tuer le père» frôle d'un bout à l'autre la parfaite vacuité»
D’intrigue
aux abonnés absents en personnages fantomatiques, de clichés à la
douzaine en dispensables généralités («La pyromanie est l’un des
instincts les plus profonds de l’espèce: rien ne fascine comme le feu»).
«Tuer le père» frôle d’un bout à l’autre la parfaite vacuité. Plutôt
que cette prose exténuée, plutôt que cette fiction poussive à laquelle
personne ne croit un instant, et la romancière belge moins encore que
les autres, on aimerait retrouver un peu de la folie d’«Hygiène de
l’assassin» ou de «Stupeur et tremblements», on aimerait que la femme
au chapeau recommence à travailler du chapeau. A travailler tout court.
La
publication d’un nouveau livre d’Amélie Nothomb est devenue au fil des
années un événement aussi prévisible que l’élancement d’une rage de
dents mal soignée, aussi déprimant que le retour de Paris Plages. Avant
de choisir dans ses tiroirs celui des manuscrits qu’elle confiera en
août 2012 à son éditeur, notre sympathique graphomane devrait peut-être
considérer la possibilité d’une, voire deux années sabbatiques ou, mieux
encore, méditer en profondeur cette pensée d’Aldous Huxley placée en
exergue de «Tuer le père»: «L’obstination est contraire à la nature,
contraire à la vie.» On ne saurait mieux dire, chère Amélie, on ne
saurait mieux dire.
«Tuer le père», d’Amélie Nothomb, éd. Albin Michel, 180 pages, 16 euros.
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